Affinités

Hier, j’ai reçu par la poste le dvd de La Revanche d’une blonde avec Reese witherspoon et le poche d’ Enfance de Nathalie Sarraute.

 

 

Rien à voir ? 

Hum.. ce sont deux blondes qui sont devenues avocates.

(Dans les institutions culturelles, la mode est à la transversalité) (ou le n’importe quoi, si vous préférez)

 

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J’ai travaillé deux heures et à cet instant, le monde ne me semble plus si terrible. L’écriture est quelque chose d’insidieux. On commence avec une pointe d’envie et on finit par ne vouloir faire que ça. Aujourd’hui, on dirait que je redeviens moi-même, que je dégonfle doucement, après une journée de pleurs, la douce anesthésie des malheureux. Reste l’aiguille tenace du bonheur qui s’est enfuit.

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Eau du ciel

Ma recherche a pris fin. Il y a quelques semaines, je désespérais de trouver un parfum d’été, de blés murs, de vent chaud et de rire . Sur les conseils de Marie, je suis allée chez Annick Goutal et j’ai aimé immédiatement L’eau du ciel, dont Annick Goutal nous raconte que “tout a commencé lors d’une promenade dans des champs de blés coupés dans l’Aveyron, associée à un souvenir d’enfance fortement marqué par l’odeur du sol après la pluie un jour d’été et de la senteur des granges à foin chauffées par le soleil.
De retour à Paris, j’ai cherché à capturer cette odeur de nature, d’abeille et d’été.”

Date de création : 1985

  • Famille olfactive : Fleuri, Vert (Tilleul, iris, bois de rose du Brésil, feuille de violette)

Avoir ce que l’on aime plutôt qu’aimer ce que l’on a (ouf)

 

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Meta

Nous rentrons à Athènes, les valises pleines de pistaches (j’adore ce pays, on peut faire des emplettes de nourriture délicieuse). Ce soir, je dois assister à la pièce de théâtre dont j’entends parler dix fois par jour depuis mon arrivée : Meta. Les amies de Marie Juliette sont toutes danseuses et Meta est la nouvelle création dont sa grande amie Pauline a fait la chorégraphie. C’est un monde d’artistes underground qui me rappelle un peu Montpellier. Les gens compensent un manque de reconnaissance et d’argent par beaucoup de passion et un peu de suffisance. Le soutien à l’art en Grèce est en déliquescence. Pour la première fois, je sens que les rapports entre les personnes se sont durcis, depuis la crise. La pièce a lieu dans un grand bâtiment industriel dans un quartier d’Athènes désert, abandonné et pas franchement rassurant.

Meta fout les jetons. Les danseurs sont comprimés dans des capsules en plastique, disséminés dans un grand atelier plongé dans le noir. Le public suit quelques éclaireurs qui illuminent à la torcheles corps immobiles. Dans un parking sombre, les danseuses se jettent sur les murs et dans d’immenses flaques d’eau qui semblent d’huile tant le lieu suinte l’industrie dévastée. Un grand type brun joue des mélodies angoissantes au piano électrique tandis qu’une femme chante d’une voix sépulcrale. J’allais sauter par la fenêtre (je suis très très impressionnable) quand nous sommes dirigés vers l’escalier qui mène au premier étage. Là, une pièce de théâtre se déroule dans une salle éclairée, avec des chaises et des couvertures. Le luxe. C’est en grec, je ne comprends rien. Le copain grec d’Ollia, qui parle anglais, me dit qu’il n’y a rien à comprendre. Des tas de gens sautent dans tous les sens et je ne m’intéresse qu’à Pauline. Elle est très jolie, avec de très longs cheveux. Elle se ballade pendant toute la pièce en sous vêtements. Je vérifie qu’elle n’a pas une once de cellulite, même pas en dessous des fesses. Les corps de danseuses sont une des choses les plus magnifiques et les plus déprimantes du monde.

Après la pièce, nous buvons un verre dans l’appartement que partage Pauline, son copain Lambros qui a composé la musique de la pièce et leur ami Stitias. Ils ont beau être de pauvres artistes sans le sou, leur appartement ferait rêver n’importe quel parisien. Le marché athénien ne doit pas être en plein boum. Et puis, la liberté que s’offre un artiste va souvent de pair avec une famille bienveillante (et aisée). L’ambiance est très étrange. Lambros et Stitias se parlent en grec, ils ne disent pas bonjour à Marie Juliette, qui ne me présente pas. Pauline semble elle aussi assez fermée. Marie Juliette m’avait prévenu de la tension qui existe entre Lambros et Pauline. Mais la soirée fut merveilleuse. Après quelques circonvolutions d’approche, chacun s’est détendu. Pauline était drôle, vive et mutine, Stitias doux et observateur, Marie Juliette volontaire et intelligente, Lambros fascinant. Je crois que je n’avais pas vu un aussi bel homme depuis des années : brun, immense, un profil de loup efflanqué, un peu comme Philémon, mais sans la douceur. Sombre, dur, exigeant, rigoureux. Avec Pauline, querelleur et passionné, admiratif et jaloux. Il sait faire de sa conversation un privilège et l’ensemble était incroyablement stimulant. Il aime bien Marie Juliette, il l’apprécie comme je sais l’apprécier, dans toute son originalité. Et je n’étais pas mécontente de moi non plus, j’ai retrouvé mon esprit sautillant comme le toucher d’Errol Garner ! Au fond, mon caractère emporté s’accomode mieux de ces tempéraments. Avec eux, je sais faire œuvre de finesse et d’équilibre. Enfin, jusqu’à ce que je sois plaquée contre le dossier du fauteuil par le coup de massue de la marijuana extraforte qu’ils fument sans sourciller. Deux lattes plus tard, j’étais dans un autre monde.

Sur le chemin du retour, nous avons croisé la fille grecque, possible nouvelle petite amie, qui était avec Sebastian le premier jour. Je lui ai fait un signe de la main, Marie Juliette m’a fusillée des yeux et puis elle a écrit un texto à Sebastian dont nous avons discuté tous les termes. Elle aimerait bien revoir le goujat à Berlin dans quelques semaines.

Pour comprendre quelque chose à Meta

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Aegina

Le bateau, le ciel bleu dur, la lumière, j’ai l’impression de faire exactement ce dont j’ai envie et je laisse le morne bureau parisien s’éloigner comme la côte athénienne. Sur l’île, nous trouvons une chambre spartiate (comme il se doit). Marie Juliette est incroyablement détendue et de bonne composition. Je m’aperçois que râler est un laissé aller pour lequel j’ai eu trop d’indulgence. Nous nous promenons sur la côte et je finis par me baigner en culotte. La mer n’a jamais été aussi douce. Je mange un mulet grillé dans le port de Perdika, en regardant le soleil se fondre avec la mer dans l’éclat rouge dont Paris me prive si souvent. Le soir, nous buvons du thé des montagnes avec du rhum. Les journées sont sublimes avec un soleil de plomb mais les nuits sont glaciales. Je pense vaguement à la pneumonie qui me guette en enfilant les uns sur les autres tous les shorts et robes que j’ai emportés, folle que je suis, dans l’espoir de me tenir chaud, mais je suis trop bien pour vraiment m’inquiéter. Et Marie Juliette a plein d’histoires de garçons à raconter pour m’aider à m’endormir.

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Les flèches dans les Ã©toiles

Est-ce les ténèbres, les ruines qui surgissent à chaque coin de rue? Je m’imagine une Athènes classique, un monde de croyances, de mystères et de sauvagerie. Le guide que je parcours distraitement évoque la phase de déclin de quatre siècles de l’Acropole après l’assaut des Doriens en 1200 avant JC dont “on sait encore peu de choses”. Comme si le temps qui nous sépare de cette époque et qui s’allonge chaque jour jouait pour nous, comme si le passé n’attendait que la révélation que l’avenir ne manquera pas de lui apporter. Etudier le grec et le latin, la littérature même, dans une époque qui ne l’aime plus, c’est s’imaginer vivre dans un monde qui se connait mal, aux larges zones d’ombres dans lesquelles l’esprit a tous les pouvoirs. Ce soir, la crise mondiale m’aura offert un des derniers luxes : voir le coucher de soleil sur une acropole désolée par les touristes.

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Athènes

Ma valise est incohérente. Je n’ai pas eu le temps de trouver aucun cadeau pour Ollia qui me reçoit à Athènes. L’embarquement prend une minute et je découvre un avion quasiment vide. Je pourrais m’étaler sur une rangée entière… j’ai l’impression de partir pour un pays en guerre.

A l’arrivée, miracle, il y a un métro. Un couple d’américains me suit partout. Ils sont en voyage de noces et n’ont pas l’air d’être au courant que le service public grec subit quelques légères perturbations (j’ai dû changer mon billet de la semaine dernière car grève des transports aériens, du métro et des taxis, comme toute les semaines depuis plusieurs mois). Leur appel à l’aide, avec leurs petits yeux larmoyants me fatigue d’avance et je les ignore ostensiblement tandis que le métro stationne indéfiniment à quai. Je suis partie avec l’envie folle d’être seule et je voudrais finir Werther. Marie et Christian m’ont chacun à leur manière prévenue contre le livre (romantisme allemand dégoulinant) mais je l’adore. Je replonge dans mes interrogations adolescentes : comment la sensibilité au monde, qui faisait le bonheur de vivre de l’enfance, peut-elle être à l’adolescence la pierre de touche d’un malheur profond et sans issu? C’est un livre du temps retrouvé et maintenant que j’ai veilli et que le temps commence à se perdre, ce sont les livres qui sont les plus chers à mon coeur. Je n’avais rien lu de Goethe mais depuis les Affinités électives, c’est un coup de foudre. Je mange les dernières pages en arrivant à Ambelokipi.

Chez Ollia, je retrouve Marie Juliette et nous nous attablons devant plat succulent qu’Ollia a préparé : une soupe thailandaise au poulet avec des céréales fermentées. Il est quatre heure de l’après-midi mais MJ et Ollia déjeune. Le temps est différent pour les gens qui ne travaillent pas. Nous papotons en buvant du thé. Il fait déjà nuit et je n’ai vu d’Athènes que l’affreuse avenue qui m’a amené dans ce quartier résidentiel. MJ m’amène au centre de la ville. De toute part, nous voyons l’Acropole illuminée et c’est mon obsession que de chercher des yeux à chaque méandre d’une rue le Parthénon. Je brûle de m’en approcher mais il est bien trop tard pour espérer entrer. J’échange la tour Eiffel mille fois. La ville n’est pas fantastiquement belle mais elle est auréolée de cette obsession et le quartier mitoyen du grand mur qui protège l’Acropole, Anafiotika, dédale de rues minuscules et de maisons blanchies à la chaux, a le charme d’un village. Toutes les rues sont très peu éclairées. MJ m’explique qu’il lui a fallu un moment pour comprendre que telle ou telle partie de la ville, peu ou pas du tout éclairée, n’était pas un quartier mal famé.L’éclairage urbain est simplement différent. Dans les bars aussi, les lumières sont très tamisées. J’y vois le symptome des mystères anciens et les habitudes d’un pays à la lumière radicale le jour qui se ménage une nuit douce.

Par automatisme, j’essaie de déchiffrer le nom des rues et c’est comme être au CP à nouveau, quand chaque mot attrape le regard et fait tourner le cerveau. Nous nous perdons plusieurs fois dans des rues dont le nom n’est pas traduit en alphabet latin et nos recherches sur la carte ressemble à une quête pour un nouveau trésor que celui de l’enfance. Nous trouvons finalement le bar où des amis de MJ vont peut-être nous rejoindre. C’est immense et chaque salle au plafond haut donne sur une autre salle plus grande encore. Je croyais qu’on ne trouvait ce type de bar qu’à Berlin. Nous nous installons sur une grande table en bois blond, sous une verrière. Un homme d’une soixantaine d’année déplace un pion sur le jeu d’échec qui est entre nous. Je déplace mon pion en continuant à papoter avec MJ. L’homme est fou mais c’est un joueur d’échec remarquable. Même moi, je peux m’en rendre compte. Il a gagné plusieurs tournois internationaux, m’explique-t-il. Il nous parle de ses rencontres avec Kasparov, refait les jeux d’alors. Il pourrait parler grec (son français est parfait), ce serait la même chose. Mais comme beaucoup de gens à côté de la plaque, il se fiche de communiquer et déroule un discours de plus en plus rapide au fur et à mesure qu’il se rend compte qu’il nous assome avec les secrets mathématiques de l’acropole. Je lui signifie gentiment que nous voulons partir et il a l’air absolument désolé. Au moment de quitter le bar, MJ rencontre un ami. Elle se lance dans une grande discussion avec lui et je n’ai pas d’autre choix que de faire connaissance avec la fille qui l’accompagne, une grecque assez sympa.En rentrant, MJ m’explique que Sebastian est son amoureux allemand avec qui elle a passé ces dernières semaines. Ils se sont quittés hier après une discussion un peu houleuse et c’est par hasard que nous l’avons rencontré avec cette fille inconnue. MJ n’est pas très contente et nous nous endormons rapidement.

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